Les Revenants de

l’Impossible Amour 

Les revenants de l’impossible amour est un projet dédié à l’espace public sur ce texte éponyme, de l’auteur dramaturge Faubert Bolivar. L’originalité de ce projet est le fait d’être situé dans un cimetière la nuit, de mettre en jeu des forces occultes, des ébats passionnés où – Éros et Thanatos – se retrouvent associés aux esprits vaudou, Baron samedi et Dame Brigitte, deux Guédés du panthéon vaudou. Ce drame évoque les mystères de l’amour et de la mort, de la jalousie, de la trahison amoureuse, la création d’un univers sonore-olfactif, l’allégorie d’un territoire aphrodisiaque et érotique.

NOTE D'INTENTION

De l’ENSATT, à la Fai-ar (2014-17); l’envie et l’ambition décisive ont été pour moi d’incarner, de mettre en scène tous les textes de Faubert Bolivar. Comme pour avoir avec lui, et ses œuvres (théâtres, poésies) le même rapport qu’avait Patrice Chéreau avec Bernard Marie Koltes.

J’ai d’abord donné corps à Sainte Dérivée des trottoirs, texte de prose poétique, l’un des lauréats de la bourse « Auteur d’Espace SACD 2018 », monologue fleuve, création In Situ pour l’espace public, spectacle ultramarin pour rivages poétiques, crée, et sorti en mai 2018 à Capdenac dans le cadre du festival Derrière le Hublot.

Deux ans se sont écoulés, c’est avec un dialogue inouï, et saisissant, Les Revenants de l'impossible amour, que je reviens à la charge.  

Les revenants de l’impossible amour est une pièce de théâtre inédite de l’écrivain dramaturge poète haïtien Faubert Bolivar. Elle met en scène la rencontre de trois personnages qui se retrouvent par coïncidence dans un cimetière, la nuit. Une femme, dame Brigitte, un homme, Jean Simon Brutus, plus une voix-off. Tous les trois, misent sur un même pied d’égalité.Leur rencontre parle et traite de relations amoureuses, de la douleur, et de la trahison conjugale. C’est un propos désespéré sur le sexe, l’amour, la mort, les rapports entre les hommes et les femmes, le tout évoqué avec crudité.

Leur histoire renvoie à une forme de « redistribution de l’espace de pouvoir », (espace-public-espace-privé). C’est une fragmentation des territoires de pouvoir ; l’exposition de nos intimités dans l’espace public. Le terrible combat associant pulsion de vie, et pulsion de mort.

Lorsque je tiens le texte, Les revenants de l'impossible amour, je m'attarde longuement sur le titre. Seuls deux mots retentissent en mon for intérieur, et me reviennent tel un cri incessant, et strident : (impossible amour, impossible amour). Après maintes lectures approfondies, ces impacts continuent à m’électriser. Ils relèvent, et  réveillent en moi la profondeur des relations humaines, les secrets du monde touffu de l’imaginaire, l’allégorie d’un territoire aphrodisiaque, jouissif, olfactif, sonore, et sensuel.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Il n'y a pas de magie, ni de sorcellerie dans le titre, mais je vous rassure que je suis ensorcelé par les lignes qui s’ensuivent. Ce texte fait asseoir dans un cimetière, devenu terrain de guerre, atroce, et magnifique, un conciliabule,  une joute verbale complètement érotique. Le conflit qui se joue raconte avec enchantement l'une des nombreuses versions des amours impossibles, tel l’impossible rencart entre le soleil et la lune.

Le thème principal est comme une des fresques de Puvis de Chavannes. C’est une peinture des effets de la crise économique sur les classes moyennes. Ses grandes thématiques sociétales sont le fait d’être situé dans un cimetière la nuit et donc de mettre en jeu des forces occultes, des ébats passionnés, pervers, enragés, où le désir de vie et de mort– Éros et Thanatos – se retrouvent associés aux esprits vaudou avec Baron Samedi et Brigitte, deux Guédés du panthéon vaudou. Ceci assure une lecture à plusieurs niveaux, et resitue la pièce dans une grande tradition théâtrale de Shakespeare à Koltès tout en l’identifiant comme caribéenne.

La démarche artistique utilisée pour la scénographie, et la mise en espace, auraient pour influences, et sources d’inspirations l’univers de l’ethnodrame, nourri d’imaginaires syncrétiques : chants, textes, musiques et danses vaudous, des vévés tracés au sol, jeux entre sacré et profane, la représentation de la ville dans la ville, la marginalisation des laissés-pour-compte, et l’esthétique du délabrement, dans la ligne des « artistes résistances », de la grande rue à Port-au-prince, Haïti.

Les éléments constituant son originalité, et qui font sa force sont ; l’emploi de sons divers et variés, sous forme de partition sonore originale, (phonographie de musiques banda, chansons et musiques guédés des plus grivoises), la création d’un univers des odeurs,(diffusions de parfums dans l’espace immédiat du public), et l’utilisation de matières récupérées pour la scénographie.

Ses particularités s’habillent d’une esthétique réaliste, en mode In Situ, la proposition d’accessoires-de-costumes-décor original, la création et l’utilisation de vêtements-costumes issus de traditions vaudou béninoise, et haïtienne.

C’est une pièce où les ténèbres semblent vouloir remporter la victoire sur la lumière. Le cimetière est donné à voir comme  symbole de la ville dans la ville, cet endroit où l'on pourrait dire que les trois personnages n’auraient jamais dû se rencontrer, et pourtant quelque part, il semblerait qu’ils se sont donnés rendez-vous comme pour le jour de leurs funérailles qu’ils vont chanter et danser eux-mêmes… serait-ce là le clou du spectacle, la cerise sur le gâteau ?

« Connaissez-vous le dicton qui dit : « ne se rencontrent que les gens qui se sont donné rendez-vous  ? » 

Il en en va de même pour cette fameuse rencontre de la mort, et de l’amour. « On croit qu’elle arrive par hasard, sereine,somptueuse, montrant le bout de chaque chemin de vie, mais on ignore que l’on ne meurt, et tombe amoureux que sur rendez-vous.

Si. Si, si, si » répondent les guédés à l’unissons, en hors champs, cachés dans le noir, symbolisant les spectres du personnage de voix-off, qui a l’air d’être le personnage principal.

Tout mon pari pour ce second projet de mise en espace serait de réussir à convoquer les mystères de l'amour et de la mort, l’exhalation de l’enivrant parfum des âmes défuntes, la création d’un univers sonore digne des sons de sirènes, créer une fête aphrodisiaque, érotique, sensuelle avec le public, sans tomber dans le piège du sensationnel ou de l'exotisme, en continuant la longue, et dure épreuve qui serait de voir comment nous conduire vers une certaine forme d'humanisme. Je suis sûr, et confiant que c’est, et ce sera possible, car l’ensemble des univers interpellés sont déjà bien en route, invoqués, et mis en branle, ils sont en marche, c’est à dire en work in progress.

Enfin, « Les revenants de l’impossible amour », se veut être « un projet transversal, axé sur le territoire, le tiers-paysage, la médiation sociale et culturelle, et la collaboration avec des artistes pluridisciplinaires, expérimentés, et de renommée internationale ».

Le texte « les Revenants de l’Impossible Amour» a reçu le Prix Du Meilleur Texte Dramatique décerné par l’Association Textes En Paroles, en Guadeloupe, en 2017.

 

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